Chrones


Gallery Eva Coldman 09/08/2018





“Sur la plaine, dans un halo de poudre rouge, parmi les dunes et les creux, ils émergent de tous les points de la ligne d’horizon, sans ordre intelligible, épars et progressivement, à la façon de cumulus lissés et mats, qui seraient sortis d’une boucle dérobée du vent. Des points argentés, pas plus gros qu’un ballon, se forment également et se délient…

Il doit faire dans les cinq mètres de haut sur cinq de large et une trentaine de long. Et pour qui scrute attentivement, pour qui sait où porter le regard, il est couvert de glyphes, à moitié fondus dans le gris plomb des parois, des glyphes mouvants, comme tracés à l’instant, que je n’arrive décidément à rattacher à aucune écriture connue. Des bouts de courbe, des segments de traits, virevoltants et conjoints, suffisamment pour évoquer une volonté, à moins… À moins que j’y injecte, en humain, un sens qui n’y est pas, un dessin qui ne soit qu’un hasard de mouchetures et d’incisions…”

Alain Damazio.  La horde du contrevent











Quand le blanc devient noir les nuages sont gris
Quand on m'a demandé à l'automne 2018 d'écrire un texte de présentation sur l'exposition intitulée "CHRONES" de l'artiste hollandais Johann Van Aerden, un sentiment étrange m'envahit ; mélange à la fois d'inquiétude et d'excitation pour cet artiste dont j'avais pu suivre avec engouement ces débuts, mais qui, pour des raisons qui me sont encore obscures avait disparu de la scène artistique parisienne des années 2000. Si tout est question de mine et de gomme, de pigment noir et d'encre séchée ; le tout badigeonné de Chrones comme une allégorie à la fermentation ; - quand le blanc devient noir les nuages sont gris - alors il m'est permis d'affirmer qu'ici tout est entre-deux. Entre deux couleurs desquelles le noir pénètre dans le blanc faisant sortir la feuille de sa virginité . Si le fond s'étire, le paysage s'étoffe. C'est quand la salle est pleine que l'on y laisse dépendre les déchets. Ici, la salle est comble ! Des Chrones, "entités magiques capables de transformer ce qui les traversent", envahissent des paysages secs dont la monochromie alimente leurs aspects. La végétation s'affaisse ( Chrones jangal) et l'espace se cristallise. Dans ces décors maudits, l'artiste arbore les plaines comme le grand Golgoth guide son troupeau. C'est à contre vent qu'il nous ramène au dessin. Un dessin en force qu'il faut dire chargé, presque maladif ! C'est la baie de Sagami mise à l'heure de la trace ! Un monde... Les trois sculptures en comparaison des deux dessins, abordent d'une manière plus littérale le livre moteur au projet d'exposition. Dans "Chrones model" les entités se densifient, elles se ballonnent et s'affaissent sur des surfaces lunaires dont la porosité déforme leurs rayons. Il y a quelque chose des vers d'Arrakis, quelque chose d'excessivement phallique qui perce l'image et ramène l'auteur au centre de l'espace d'exposition. Spiritualiser nos états de maladies, voilà le rôle de l'artiste, c'est en écoutant Nietzsche qu'il convient à l'auteur de renouer avec ce sentiment d'exaltation. Oui ! le Chrone est romantique...

Eric Vesselovski